Je mets de la couleur
dans mon quartier

À 43 ans, David Normand trimballe ses bombes de peinture au Bourg-sous-La Roche.
L’ex-membre de la compagnie S’Poart fait maintenant danser la couleur dans son quartier.

« Des casquettes de travers, j’en porte toujours. » Pas un privilège de l’âge. Encore moins une ques- tion de nostalgie. Les codes du hip-hop, David Normand les porte sur lui. À 43 ans, comme au début des années 1990. « J’ai essayé tout ce qui tournait autour de cette culture. » La danse, forcément. Le rythme, l’enfant des Jaulnières le partage « avec les potes des différents quartiers de La Roche. » Ensemble, ils créeront S’Poart. « Notre échappatoire. Un sacré élan de liberté. » Une impulsion vers une profession. « Danseur, ça a été mon métier pendant treize ans.

Quand j’ai arrêté de danser, le graff est revenu sur le devant de la scène comme une évidence.

Le graff, sa passion de tout temps. « Pour la couleur, l’énergie, la rue… » La transmis- sion, aussi. « On n’a pas tous la même ma- nière de jeter la peinture, mais les codes sont donnés par les anciens. » « Tonton » à son tour, David veille sur les tracés de la relève. « Avec Shake Weel, l’association que l’on a montée au Bourg-sous-La Roche en 2016, on promeut la création artistique sous toutes ses formes », confie l’habitant du Coteau.

« Au Bourg, je toque aux portes. »

Ça se voit, sur les murs notamment. « On a créé un mur d’expression libre, dans le complexe sportif Eugène-Ferré. Les pièces changent régulièrement. » Au gré des inspirations des artistes. Au fil des échanges avec les membres du club de football. « Les gens aiment ou n’ai- ment pas, mais on se rencontre, on casse des barrières… »
Les portails, David Normand n’hésite pas à les franchir. « Dans mon quartier, je toque aux portes. » Quand il lorgne un mur digne d’une toile à inventer, le Yon- nais active les sonnettes. « Je demande aux propriétaires, si je peux habiller leurs pignons. » À deux pas de la salle des fêtes bourgadine, la longue rangée de parpaings offre un arc-en-ciel. « C’est ce que j’aime… Mettre de la couleur dans mon quartier. » Apporter sa touche. « La couleur, c’est la joie, sourit le régisseur plateau du Grand R. Quand j’ai arrêté de danser, le graff est revenu sur le devant de la scène comme une évidence. Pour tout ça, les sentiments, l’énergie, la curio- sité… » Cette recette qu’il avait secouée en juillet 2018 pour lancer le Festival des arts urbains, dans la vallée de la Riallée. « La preuve que l’on peut organiser des choses, en tant qu’habitants. Il suffit d’en avoir envie. » De réajuster la casquette et de foncer.